Dimanche 11 octobre 7 11 /10 /Oct 19:09
Les hommes politiques que côtoie Olivier le Tigre

Georges Clemenceau. Président du Conseil de 1906 à 1909.
Le père spirituel. Le Patron bien-aimé, celui qui lui a confié ses plus belles missions à Constantinople, Berlin ou Vienne. Actuellement en retrait de la politique, il fait de longs séjours à Bernouville et envisage de faire une tournée de conférences en Amérique du Sud.  A demandé à Olivier le Tigre d'être son informateur privilégié de tout ce qui se passe dans les ministères.








Arisistide Briand. Le Président du Conseil actuel, ancien Garde des Sceaux sous Clemenceau.
N'a repris Olivier le Tigre dans son cabinet que sous la pression des événements (notre héros est très apprécié des diplomates russes). Lui reproche sa trop grande proximité avec Clemenceau.










Stephen Pichon. Ministre des Affaires Etrangères sous Clemenceau puis sous Briand.
Fidèle parmi les fidèles de Clemenceau. Personnalité un peu terne. Rien à voir avec le flamboyant Delcassé, l'un de ses prédécesseur. N'a pas pardonné à Olivier le Tigre d'avoir passé son temps à le court-circuiter lorsque Clemenceau était au pouvoir.












Joseph Caillaux. Ancien ministre des Finances. A essayé de faire passer le projet d'impôt sur le revenu. Brillant, beau parleur, manoeuvrier et champion du "billard trois bandes", prêt à tout pour réussir, persuadé d'être le meilleur. Ulcéré de ne pas avoir été retenu comme Président du Conseil par le Président de la République après la chute de Clemenceau.
Ce dernier s'en méfie comme une bonne partie de la classe politique.
Olivier le Tigre est fasciné par cette brillante mécanique intellectuelle mais l'évite.
Joseph Caillaux a quant à lui repéré Olivier le Tigre et le prendrait bien dans son "écurie" s'il était moins proche de Clemenceau.








Les écrivains

Paul Valéry n’a pas produit grand chose depuis L’Introduction à la méthode de Léonard de Vinci et La Soirée avec Monsieur Teste. Gide le pousse à écrire avec des arguments plus convaincants que ceux d'Olivier le tigre. Rien n’y fait. Valéry s’occupe de son épouse à la santé fragile et de ses enfants. Leur faire apprendre des fables de La Fontaine même au plus jeune âge ou les distraire avec des spectacles improvisés de guignol, semble suffire à son bonheur.

 

Un travail tranquille auprès du patron de l’Agence Havas, Edouard Lebey, lui laisse pourtant une liberté qu’il pourrait mettre à profit pour publier. Non, rien ne sort. Il en devient ironique : ” Une auréole inclassable de non production me rend le plus authentique des génies. Que peut-on comparer à ce que je n’ai point fait - et encore mieux à ce que je n’ai nulle intention de faire ?”

Et pourtant, chaque nuit, sa plume court sur le papier, alerte, prolongement d’un esprit vif, d’une immense culture, d’une réflexion aiguisée sur la vie, notre époque ou le monde des arts et des lettres.



 

Attachant mais exaspérant. Supérieurement intelligent mais parfois ô combien puéril. Longtemps silencieux dans un groupe puis soudain enflammé, caustique, drôle. Du coeur mais aussi de la cruauté.

Olivier le Tigre connait Marcel Proust depuis une dizaine d’années. L’affaire Dreyfus les a rapprochés. Ils étaient à l’époque quelques-uns à faire bloc, à élaborer des stratégies de résistance, à se passer des informations et à se soutenir mutuellement.

 

Un ami d'Olivier ? Pas vraiment, plutôt une connaissance. Un homme qui le marque, qui l'intrigue, qu’il est heureux de rencontrer dans une soirée sans savoir si ses chemins se croiseront à nouveau.

Les articles de Proust dans Le Figaro sont plaisants. On oublie presque le sujet abordé (le dernier recueil d’Anna de Noailles chez Calmann-Lévy par exemple) et se laisse porter par une plume alerte, une sensibilité à fleur de peau, une connaissance intime des oeuvres de John Ruskin, de Francis Jammes ou Maeterlinck qu’il cite, de mémoire, en référence.

Une taille moyenne, les épaules tombantes, mince, pas toujours très bonne mine malgré son teint mat. Le physique de Marcel n’impressionne pas au premier abord. Le regard attire en revanche irrésistiblement. Les paupières tombantes en accentuent parfois sa douceur mais la noirceur des yeux ne cache pas longtemps une palette impressionnante de sentiments. Ironie mordante, colère -Marcel est susceptible - volonté de séduire ou d’être séduit, bonté souvent, dureté parfois. Sa main gauche cherche discrètement son visage, cache à moitié ses lèvres, laisse un doigt pour caresser la moustache soigneusement taillée. Timidité et concentration d’un homme de lettres qui transforme chaque instant en exercice de l’esprit.

Certains le résument à un dandy de salon. A tort. Marcel, souvent souffrant -son terrible asthme- sort de moins en moins. S’il a connaissance de ce qui se passe et se dit dans les dîners en ville, c’est par les rapports que lui font quelques ami(e)s fidèles.

Non, maintenant, il écrit. Sa mère est morte. Blessure profonde qu’il ne peut soigner qu’en écrivant encore. Vite, très bien. Les pages se noircissent avec frénésie. Le travail sur la mémoire, la cuisine des souvenirs, une extraordinaire aisance de plume, conduisent à remplir un cahier, puis un second, un troisième… Il s’enferme. Quelques biscuits, un café, un verre d’eau. Il travaille des heures sans notion du temps. Dehors il fait froid, l’air humide, la crainte de la crise d’asthme, de l’étouffement, poussent à rester au chaud, derrière la table, le dos courbé sur les feuillets qui s’accumulent.

Il annonce à qui veut l’entendre un roman appelé “Contre Sainte-Beuve”. Ce ne sera pas un essai mais une fiction complexe, des centaines de pages où se mêlent des entrelacs de souvenirs de sa mère, de Venise, de Combray. Le drame de se coucher seul, la joie de promenades à la campagne, le sifflet des trains, d’autres sons, des odeurs qui reviennent. L’amour, la tentation d'un inverti, le désir de plaire, de ravir l’autre, de le posséder en rêve, jalousement.

Marcel et Olivier le Tigre se retrouvent une fois par mois au café ou au bar du Ritz. Toujours ce jeu idiot des dominos. Prétexte pour que Proust lise à haute voix sa production de la nuit. De longues phrases, des “que” s’enchaînent sans lasser. Une façon révolutionnaire de construire un roman qui éloigne la perspective de trouver un éditeur.

Par Olivier le Tigre
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